• Reves

 

La simplicité n’est pas l’humilité (ou vice-versa)  car l’humilité manque parfois de simplicité. Se juger, c’est se prendre bien au sérieux.

Le simple ne se pose pas tant de questions sur lui-même, il ne s’accepte ni ne se refuse. Il est ce qu’il est, sans recherche, « comme les oiseaux ». Il vit comme il respire, ne fait pas semblant, ne calcule pas. « Vertu d’enfance ? Je n’y crois pas trop. Plutôt l’enfance comme vertu, mais une enfance retrouvée, reconquise, comme libérée d’elle-même, de cette imitation des adultes, de cette impatience de grandir, de ce grand sérieux de vivre, de ce gros secret d’être soi… La simplicité ne s’apprend que peu à peu (....) C’est l’enfance de l’esprit, à quoi les enfants n’ont guère accès le plus souvent. »

La simplicité, c’est l’existence même, la transparence, sans phrases ni mensonges. C’est « la vie insignifiante » : c’est la vraie. Sans complexité ni prétention, sans niaiserie.
L’intelligence n’est pas « encombrement,  embrouillements de l’esprit, complication, snobisme ». Expliquer par exemple une fleur, un arbre, ne les empêche pas d’être ce qu’ils sont, très simplement.

Complexité de tout : simplicité de tout.

La simplicité n’annule pas la pensée, elle ne la nie pas non plus, mais elle n’en est pas dupe ni prisonnière. « Simplicité n’est pas inconscience, simplicité n’est pas bêtise : l’esprit simple n’est pas un simple d’esprit ! » Elle évite de faire écran, de se prendre au sérieux. Elle accueille ce qui vient. Elle est  « nudité, dépossession, pauvreté. Sans autre richesse que tout. Sans autre trésor que rien. Simplicité est liberté, légèreté, transparence (…) Quoi de plus simple que le vent ? Quoi de plus aérien que la simplicité ? »

Intellectuellement, c’est le bon sens, le jugement droit, non encombré par ce qu’il sait ou croit, mais d’abord ouvert au REEL. C’est la raison pour autant qu’elle ne soit pas dupe d’elle-même.

La philosophie pèche souvent par obscurité et complexité. « L’obscurité protège, la complexité protège » Elles sont souvent une manière de voiler la médiocrité du philosophe, ou sa prétention. La simplicité est aussi une vertu intellectuelle.

Mesurer ses paroles, craindre de passer pour ce qu’on n’est pas, s’étudier continuellement, c’est le contraire de la simplicité. Mais « en voulant être simple, écrit Fénelon, on s’éloignerait de la simplicité. » Il s’agit de ne rien affecter, pas même la simplicité.  « Mieux vaut être simplement égoïste que d’affecter la générosité, mieux vaut être volage que d’affecter la fidélité. Non pas que la simplicité se réduise à la sincérité, à l’absence d’hypocrisie ou de mensonge. C’est plutôt l’absence de calcul, d’artifices, de composition. Mieux vaut un simple mensonge qu’une sincérité calculée. »

« Coïncidence immédiate avec soi-même » : le contraire du narcissisme, de la prétention, de la suffisance. La simplicité est un repos, une paix, une grâce.

 

Extraits de « Petit traité des grandes vertus » d'André Comte-Sponville, réunis par Jacqueline Roussy